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a des éloges personnels aux caractères qui louent, que je la puisse sentir, et avouer ma faute. Si, chargé de faire quelque autre harangue, je retombe encore dans des peintures, c’est alors qu’on pourra écouter leur critique, et peut-être me condamner ; je dis peut-être, puisque les caractères, ou du moins les images des choses et des personnes, sont inévitables dans l’oraison, que tout écrivain est peintre, et tout excellent écrivain excellent peintre.

J’avoue que j’ai ajouté à ces tableaux, qui étaient de commande, les louanges de chacun des hommes illustres qui composent l’Académie française ; et ils ont dû me le pardonner, s’ils ont fait attention qu’autant pour ménager leur pudeur que pour éviter les caractères, je me suis abstenu de toucher à leurs personnes, pour ne parler que de leurs ouvrages, dont j’ai fait des éloges publics plus ou moins étendus, selon que les sujets qu’ils y ont traités pouvaient l’exiger. — J’ai loué des académiciens encore vivants, disent quelques-uns. — Il est vrai ; mais je les ai loués tous : qui d’entre eux aurait une raison de se plaindre ? — C’est une coutume toute nouvelle, ajoutent-ils, et qui n’avait point encore eu d’exemple. — Je veux en convenir, et que j’ai pris soin de m’écarter des lieux communs et des phrases