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où elle a exercé sa tyrannie avec plus d’éclat. Cet usage n’a pas laissé au poltron la liberté de vivre ; il l’a mené se faire tuer par un plus brave que soi, et l’a confondu avec un homme de cœur ; il a attaché de l’honneur et de la gloire à une action folle et extravagante ; il a été approuvé par la présence des rois ; il y a eu quelquefois une espèce de religion à le pratiquer ; il a décidé de l’innocence des hommes, des accusations fausses ou véritables sur des crimes capitaux ; il s’était enfin si profondément enraciné dans l’opinion de peuples ; et s’était si fort saisi de leur cœur et de leur esprit ; qu’un des plus beaux endroits de la vie d’un très grand roi a été de les guérir de cette folie.

4 (I)

Tel a été à la mode, ou pour le commandement des armées et la négociation ou pour l’éloquence de la chaire, ou pour les vers, qui n’y est plus. Y a-t-il des hommes qui dégénèrent de ce qu’ils furent autrefois ? Est-ce leur mérite qui est usé, ou le goût que l’on avait pour eux ?

5 (IV) Un homme à la mode dure peu, car les modes passent : s’il est par hasard homme de mérite, il n’est pas anéanti, et il subsiste encore par quelque