Page:La Bruyère - Œuvres complètes, édition 1872, tome 2.djvu/128

Cette page n’a pas encore été corrigée


qui nous méprise. Quelle misère ! et puisqu’il est vrai que dans un si étrange commerce, ce que l’on pense gagner d’un côté on le perd de l’autre, ne reviendrait-il pas au même de renoncer à toute hauteur et à toute fierté, qui convient si peu aux faibles hommes, et de composer ensemble, de se traiter tous avec une mutuelle bonté, qui, avec l’avantage de n’être jamais mortifiés, nous procurerait un aussi grand bien que celui de ne mortifier personne ?

I32 (I)

Bien loin de s’effrayer ou de rougir même du nom de philosophe, il n’y a personne au monde qui ne dût avoir une forte teinture de philosophie. Elle convient à tout le monde ; la pratique en est utile à tous les âges, à tous les sexes et à toutes les conditions ; elle nous console du bonheur d’autrui, des indignes préférences, des mauvais succès, du déclin de nos forces ou de notre beauté ; elle nous arme contre la pauvreté, la vieillesse, la maladie et la mort, contre les sots et les mauvais railleurs ; elle nous fait vivre sans une femme, ou nous fait supporter celle avec qui nous vivons.

I33 (I)

Les hommes en un même jour ouvrent leur âme à de petites joies, et se laissent dominer par de petits chagrins ; rien n’est plus inégal et moins