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même est incompatible avec cette connaissance. De même, ce qu’il y aurait en nous de meilleur après l’esprit, ce serait de connaître qu’il nous manque. Par là on ferait l’impossible : on saurait sans esprit n’être pas un sot, ni un fat, ni un impertinent.

89 (IV)

Un homme qui n’a de l’esprit que dans une certaine médiocrité est sérieux et tout d’une pièce ; il ne rit point, il ne badine jamais, il ne tire aucun fruit de la bagatelle ; aussi incapable de s’élever aux grandes choses que de s’accommoder, même par relâchement, des plus petites, il sait à peine jouer avec ses enfants.

90 (I)

Tout le monde dit d’un fat qu’il est un fat ; personne n’ose le lui dire à lui-même : il meurt sans le savoir, et sans que personne se soit vengé.

9I (IV)

Quelle mésintelligence entre l’esprit et le cœur ! Le philosophe vit mal avec tous ses préceptes, et le politique rempli de vues et de réflexions ne sait pas se gouverner.

92 (I)

L’esprit s’use comme toutes choses ; les sciences sont ses aliments, elles le nourrissent et le consument.

93 (I)

Les petits sont quelquefois chargés de mille vertus inutiles ; ils n’ont pas de quoi les mettre en œuvre.

94 (I)

Il se trouve des hommes qui soutiennent facilement le poids de la faveur et de l’autorité, qui