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qu’on ne devine point, qu’il y a des outils à manier dont il ne connaît ni l’usage, ni le nom, ni la figure ; et il lui suffit de penser qu’il n’a point fait l’apprentissage d’un certain métier, pour se consoler de n’y être point maître. Il peut au contraire être susceptible d’envie et même de jalousie contre un ministre et contre ceux qui gouvernent, comme si la raison et le bon sens, qui lui sont communs avec eux, étaient les seuls instruments qui servent à régir un Etat et à présider aux affaires publiques, et qu’ils dussent suppléer aux règles, aux préceptes, à l’expérience.

86 (I)

L’on voit peu d’esprits entièrement lourds et stupides ; l’on en voit encore moins qui soient sublimes et transcendants. Le commun des hommes nage entre ces deux extrémités. L’intervalle est rempli par un grand nombre de talents ordinaires, mais qui sont d’un grand usage, servent à la république, et renferment en soi l’utile et l’agréable : comme le commerce, les finances, le détail des armées, la navigation, les arts, les métiers, l’heureuse mémoire, l’esprit du jeu, celui de la société et de la conversation.

87 (IV)

Tout l’esprit qui est au monde est inutile à celui qui n’en a point : il n’a nulles vues, et il est incapable de profiter de celles d’autrui.

88 (V)

Le premier degré dans l’homme après la raison, ce serait de sentir qu’il l’a perdue ; la folie