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De l’orgueil

Il faut définir l’orgueil une passion qui fait que de tout ce qui est au monde l’on n’estime que soi. Un homme fier et superbe n’écoute pas celui qui l’aborde dans la place pour lui parler de quelque affaire ; mais sans s’arrêter, et se faisant suivre quelque temps, il lui dit enfin qu’on peut le voir après son souper. Si l’on a reçu de lui le moindre bienfait, il ne veut pas qu’on en perde jamais le souvenir : il le reprochera en pleine rue, à la vue de tout le monde. N’attendez pas de lui qu’en quelque endroit qu’il vous rencontre, il s’approche de vous et qu’il vous parle le premier ; de même, au lieu d’expédier sur-le-champ des marchands ou des ouvriers, il ne feint point de les renvoyer au lendemain matin et à l’heure de son lever. Vous le voyez marcher dans les rues de la ville la tête baissée, sans daigner parler à personne de ceux qui vont et qui viennent. S’il se familiarise quelquefois