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Deuxième phase.
La courte trêve a pris fin. Les deux partis sont de nouveau en face l’un de l’autre.
Cette deuxième phase du combat commence, comme la première, par un dialogue. Exalté sans doute par les fumées capiteuses du vin d’Anjou, plus encore peut-être par l’échec partiel des Bretons où il voit déjà 1 accomplissement des prophéties de Merlin, Bembro lance à Beaumanoir des bravades et d’inconvenantes plaisanteries :

Rends-toi tost, Beaumanoir, je ne t'occirai mie ;
 Mais je ferai de toi un présent à m’amie,
 Car je lui ai promis, ne lui mentirai mie,
 Qu’aujourd’huy te mettrai en sa chambre jolie.
 (Laisse 30. Crap., p. 27).

Beaumanoir ainsi provoqué lui répond gravement :
— Jette le dé, Bembro, ne t’épargne pas. Le sort va te frapper, ta mort est proche ! (Laisse 30. Crap , p. 27-28).
Au même instant, indigné des insultes de Bembro, un écuyer breton, Alain de Keranrais, lui crie :
— Comment, vil glouton, tu te flattes de faire prisonnier un homme comme Beaumanoir ! Eh bien, moi je te défie en son nom, tu vas sentira l’instant la pointe de ma lance.
Il lui en porte en même temps un coup en plein visage, la lance pénètre sous le crâne, Bembro s’abat lourdement. Pendant que ses compagnons se jettent sur Keranrais, le chef anglais d’un effort désespéré se relève et cherche son adversaire; il trouve devant lui Geofroi du Bois, qui lui lance à tour de bras sa hache d’armes dans la poitrine. Bembro tombe mort. Du Bois triomphant s’écrie :
— Beaumanoir, mon cher cousin germain que Dieu garde !où es-tu ? Te voilà vengé. (Laisse 31, Crapelet, p. 28).
Cette mort imprévue et si soudaine jette dans les deux partis une telle émotion que la bataille s'interrompt quelques instants. Les Bretons célèbrent par des cris de joie la mort de Bembro ; Beaumanoir impassible les fait taire :