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L’HEREDO.

reuse dans ses bras, l’enfant qui forge un mot ou un cri pour sa sensation, le philosophe qui rencontre un filon nouveau, tous manifestent ainsi leur soi par le sacrifice et le morcellement de leur moi. C’est en se donnant qu’ils se conquièrent. Il ne faut pas croire que la supériorité d’esprit soit indispensable à cette conquête. Elle en est totalement indépendante. Le simple vagabond du chemin, le paysan ou le marin privés de connaissances livresques, le petit homme raisonnant de sept ans, sont logés, de ce point de vue, sur le même palier que l’artiste, l’écrivain, le penseur de génie. C’est une richesse dévolue à tous ceux qui la méritent par leur effort.

Cet effort est le tonus du vouloir. Il est comme la tension permanente du soi, qui précède et permet l’acte de volonté. On le sent, quand, fermant les yeux, on se représente fortement, par l’imagination, un but à atteindre, un problème à résoudre, une dépense d’énergie à fournir. Le tonus du vouloir mesure cette énergie. Par lui, notre défense morale personnelle est, comme l’on dit, au cran de sûreté. Certains possèdent cette faculté à un degré éminent dans le domaine