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guerre, ceux qui n’osent pas l’exécrer en ce moment sur toute la surface de la terre. Il est impossible qu’un jour la raison ne l’emporte pas, qu’il n’en advienne pas des nations comme il en est aujourd’hui des provinces. J’en appelle à la postérité.

— Deux ordres du jour de Joffre : les territoriaux sont avertis que toutes demandes de parlementaires en leur faveur seront sans effet ; et les hommes qui seront faits prisonniers sont avertis qu’une enquête sera faite sur leur cas. Ce sont là des symptômes de pression, pour garder la pauvre foule armée sous la mitraille, pour ne la laisser se dérober ni dans un sens ni dans un autre. Et toujours me hante cette idée : un tel effort demandé au nom du pays, pour lequel on ne demandait rien dans la paix.

— Tristan me dit que le 75 tirait sur notre propre infanterie pour la faire avancer, ou pêle-mêle sur les deux troupes au corps à corps. Je refuse de croire.

— Le 18 janvier, on prescrit l’obscurité chez les particuliers. Les boutiques sont voilées. Paris est en deuil. Le 19, essai d’obscurité absolue en achevant d’éteindre l’éclairage public de 4 à 7 heures. Ce même soir, le bruit court avec persistance de la marche de trois zeppelins sur Paris. Mais pourquoi draper Paris de noir ? Un dirigeable trouvera toujours la ville, ne fût-ce que grâce aux feux des gares et des usines de banlieue. Alors, c’est pour épargner un Louvre, un Elysée, pour que la bombe tombe sur de la simple population ? C’est péniblement comique, ce Paris passé au caviar.

— Le 20. On dit plaisamment que les Anglais ont déclaré : « Nous nous ferons tuer jusqu’au dernier français. »

— Mon voisin, qui est juge, me dit que les Allemands avaient emprunté un milliard et demi