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remontent dans les ténèbres des temps préhistoriques. Elle nous montre qu’une parcelle du peuple ukranien, par suite de circonstances qui nous sont inconnues, quitta le sol natal et émigra vers le nord où elle s’établit avec sa langue et ses germes d’organisation sociale qui s’étaient formés au Midi, dans l’ancienne patrie. Il n’est pas oiseux de déduire de cette ressemblance de langage que la langue ou nationalité ukranienne remonte à des temps très éloignés. Il est clair qu’il ne faut pas s’imaginer qu’il y avait alors dans la nation ukranienne exactement les mêmes traits qui existent à présent.

Les circonstances historiques ne permettaient pas aux peuples de rester au même endroit et de garder, immobiles, la même position. En parlant de la nationalité ukranienne dans l’ancien temps, nous l’entendons de l’état qui avait été le précurseur de l’état actuel, qui en contenait les traits inaltérables, qui est devenu le centre, l’essence du type national, commun à tous les temps, qui a pu résister à toutes les attaques destructives du dehors. Nous ne parlons pas des changements que le peuple ukranien a acceptés de temps en temps et a transformés à sa guise et qui sont devenus parties intégrantes de son être, mais de ceux qu’après les avoir essayés, il a repoussés comme étrangers. ne convenant pas à sa nature.

En nous tournant, vers l’histoire russe, il n’est pas difficile de remarquer que ce qu’a omis le chroniqueur dans sa description ethnographique, se révèle dans les circonstances qui ont décidé le sort du peuple ukranien.

Le premier ethnographe nomme les Polians (campagnards), les Derevlians (habitants des forêts), les Ouloutchefs, les Volhyniens, les Croates sans leur donner un nom générique qui les distinguât des autres Slaves de Russie actuelle, mais l’histoire leur donna bientôt la désignation de Rouss.

Jusqu’ici l’histoire n’a pas tranché la question de savoir si ce nom de Rouss commun à tous a été apporté des bords de la mer Baltique par des étrangers qui s’étaient établis au milieu d’une des branches des rousso-ukraniens ou bien s’il était déjà auparavant une dénomination autochtone pour les pays rousses.

Au onzième siècle ce nom de Rouss s’étendit sur la Volhynie et la Galicie. Il ne s’étendait alors ni au nord est, ni aux Krivitch, ni au nord de Novgorod.