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l’affermir de telle façon que des personnages et des familles ne puissent s’élever et chercher à obtenir la prééminence et le pouvoir sur la masse du peuple. La masse aussi se soulevait contre eux et tantôt par un sourd mécontentement, tantôt par une rébellion ouverte.

Regardez l’histoire de Novgorod au nord, et celle de l’Hetmantchina au sud, le principe démocratique de l’égalité de tous sert de doublure, mais constamment des couches supérieures s’élèvent du peuple et la masse s’émeut et les force à reprendre leur place ; bien des fois la plèbe, au son excitant de la, cloche du wetsché, détruit et incendie la rue Prussienne, nid des Boyards ; là aussi plusieurs fois la foule démolit les maisons des hommes distingués et pourtant la rue Prussienne ne disparaît pas de Novgorod, ni les supérieurs de l’Ukraine des deux côtés du Dniepre. Ici et là cette lutte ruine l’édifice social et le donne en pâture à une nationalité plus tranquille comprenant mieux la nécessité d’une organisation solide.

Il est remarquable que le peuple conserve longtemps et partout les habitudes traditionnelles et les caractères de ses aïeux. Dans les territoires de la mer Noire, dans la nouvelle patrie des Zaporogues après la destruction de la Setche, les choses se passaient comme anciennement dans la Petite-Russie. Dans les communes se distinguaient certaines personnalités qui se construisaient de belles demeures particulières. Dans l’organisation villageoise, les choses se passent de même encore à présent dans la Russie méridionale. Au-dessus de la masse s’élèvent des familles riches qui cherchent à la dominer, c’est pourquoi la masse les déteste ; mais cette masse ne comprend pas qu’on puisse priver un homme de son indépendance, on ne voit pas l’individu absorbé dans la collectivité. Chacun hait le riche, l’homme connu, non qu’il ait dans la tête quelque utopie égalitaire, mais, tout en lui portant envie, il est fâché de ne pas être comme lui. Le destin de l’Ukraine était tel que toute personne qui s’élevait de la masse perdait ordinairement même sa nationalité ; anciennement on devenait Polonais, à présent on devient Grand-Russien ; la nationalité ukranienne a toujours été et reste encore le partage de la plèbe. Lorsque le sort protège des personnes qui s’élèvent au-dessus de la masse, elle les absorbe de nouveau et les prive de la prééminence acquise.