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Les rapports avec un peuple plus faible renforcent la nationalité du plus puissant, tandis que le frottement avec un peuple plus fort la rend plus faible.

Une nationalité peut se former à différentes époques de développement du peuple, mais ce travail se fait plus facilement dans une période d’enfance qu’à une époque avancée de vie intellectuelle.

Des changements de nationalité peuvent être amenés par des causes opposées, par exemple : par le besoin d’un large développement, par la misère et la décadence de l’ancienne civilisation, par une fraîche et joyeuse jeunesse du peuple ou par sa vieillesse caduque.

D’un autre côté, la stabilité de la nationalité peut aussi bien provenir du développement de la civilisation, lorsque le peuple s’est assuré ce qui le conduira à un travail continu dans la même sphère, lorsqu’il a une suffisante provision d’intérêts pour en tirer de nouveaux éléments de culture — que du manque de motifs extérieurs pour continuer à développer les matériaux en réserve — et lorsqu’il se contente de l’état existant chez lui et ne désire pas marcher en avant.

Chez les peuples qui ont des rapports avec d’autres peuples plus avancés, nous remarquons que les couches supérieures s’approprient la nationalité étrangère du peuple dominateur, tandis que les classes inférieures gardent la leur, car la situation de la masse opprimée ne lui permet pas d’aspirer à l’évolution d’institutions qu’elle possède depuis longtemps. La même cause empêchera les couches malheureuses d’adopter une nationalité étrangère comme le font les classes aisées.

La littérature est l’âme de la vie publique, la conscience de la nationalité. Sans littérature, la nationalité n’est plus qu’un phénomène passif. Plus la littérature d’un peuple est riche et étendue, plus aussi sa nationalité est solide, et c’est une garantie qu’il défendra obstinément sa nationalité contre les éléments hostiles de la vie historique, et plus l’essence même de sa nationalité s’exprime énergiquement et clairement.

Mais quelle est cette essence en général ? Les signes d’une vie extérieure forment la somme des phénomènes par lesquels une nationalité se distingue d’une autre ; par ces signes, se révèle ce qu’il y a au fond même du cœur du peuple. La constitution spi-