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velle patrie l’amèneront à introduire des changements en lui-même.

Supposons par exemple qu’un Anglais s’établisse sous les tropiques : il y transportera sa civilisation, les mœurs, les idées de son île septentrionale.

Par contre, il n’en serait pas de même d’une tribu de Peaux-Rouges transportée en Russie. Ces Indiens vivant au milieu des Russes prendraient vite l’apparence de la nationalité dominante. Supposé qu’ils vivent à l’écart, sans se rapprocher de peuples civilisés, en quelques générations, sous l’influence du climat, du terrain, ils auront changé, et une nouvelle nationalité en sera issue, mais cela ne se sera produit que très graduellement, en ne préservant que quelques traits qui rappelleront l’ancienne patrie si éloignée.

Dans l’antiquité, aux époques de la jeunesse des nationalités, ces pérégrinations d’un pays dans un autre, créaient des types diversifiés et produisaient des nationalités. Mais la migration et les changements géographiques ne formaient pas les seuls facteurs dans la transformation des peuples et, à l’origine, il s’y ajoutait encore les circonstances historiques. Les peuples en émigrant d’un pays dans un autre, ne restaient pas isolés, mais rencontraient d’autres peuplades, se mêlaient, luttaient avec elles, et de ces rapports dépendaient la formation et le développement de leurs manières de vivre.

D’autres peuplades se sont transformées sans émigrer, mais c’est par suite de l’invasion et de l’influence des voisins ou d’étrangers. Enfin, tel ou tel changement dans la vie commune s’est fait sentir dans l’état de la population et lui a imprimé pour l’avenir un certain cachet différent du premier. Ainsi, peu à peu, dans le cours des temps, le peuple changeait, n’était plus tel qu’il était auparavant. Tout cela forme ce qu’on peut appeler les circonstances historiques.

Un degré plus ou moins élevé de civilisation hâte ou retarde la transformation ; un peuple instruit conservera plus obstinément ses vieux usages, il gardera fermement ses coutumes et, pendant longtemps, la mémoire de ses aïeux. Rome, par exemple, ayant conquis la Grèce et conquise à son tour par la civilisation grecque ; au contraire, la Gaule, tombée sous la domination de Rome, perd sa langue et sa nationalité parce que les conquérants étaient plus avancés en civilisation que les conquis.