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Le principe de la tolérance indigna extrêmement la chrétienté du midi de l’Europe, lorsque Novgorod en portant secours aux Tchouds que les Allemands et les Suédois tyrannisaient pour les forcer à entrer dans le bercail de l’Église, entrèrent en hostilité avec l’ordre des Chevaliers porte-glaive et avec les Suédois. Les papes, dans leurs bulles, reprochèrent aux Novgorodiens leur hostilité au christianisme, leur défense du paganisme et prêchèrent une croisade contre eux. Les Allemands et les Suédois, contre lesquels Novgorod et Pskof durent lutter, étaient aux yeux des citoyens de ces villes des ennemis politiques, non des adversaires religieux ; les guerres ne prirent parfois un caractère religieux que lorsque les ennemis profanaient les lieux saints, les sanctuaires de la religion orthodoxe ; la même chose se passait dans la Russie méridionale.

Les non-chrétiens n’étaient exposés à aucune haine à Novgorod ; par exemple, les Juifs qui ne pouvaient se montrer dans la Grande-Russie, trouvaient asile à Novgorod, de sorte qu’ils purent même y fonder une secte hérétique et convertir des indigènes.

D’un côté les papes et le clergé occidental accusaient les Novgorodiens de soutenir le paganisme contre le christianisme, d’un autre côté les dignitaires orthodoxes n’aimaient pas la tolérance excessive des Novgorodiens,, les prêtres étaient mécontents de leurs relations avec les catholiques et de leur facilité à accepter des coutumes étrangères ; ces prêtres voulaient faire croire que tous les peuples non orthodoxes étaient païens et ils faisaient asperger d’eau bénite tous les vivres qui venaient de l’étranger avant qu’on pût s’en servir pour la nourriture.


VII

De cette dissertation historique sur les différences qui distinguaient dans l’ancien temps les deux nationalités russes, on peut conclure que la caractéristique des Ukraniens était la prééminence de la liberté individuelle, celle des Grands-Russiens — la collectivité. L’idée originale des premiers, c’est que le contrat social entre les gens est fondé sur le consentement mutuel, et que le dissentiment y met fin ; les seconds s’efforçaient de démontrer la nécessité de ce lien et son indissolubilité aussitôt qu’il avait été établi, de faire remonter à Dieu le principe de cette union et par