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seraient étendues, mais alors même on ne vit aucun essai sérieux de s’assurer, d’attacher ces pays. Kief ne valait rien comme capitale d’un État centralisé, elle ne cherchait pas à l’être ; elle ne pouvait pas même garder la priorité dans la fédération, parce qu’elle n’avait pas su l’organiser.

Dans la nature ukranienne il n’y avait rien de violent, de niveleur, il n’y avait pas de politique, il n’y avait pas de calcul froid, ni de fermeté dans l’exécution du but choisi. On remarque les mêmes défauts ou qualités au loin, dans le nord, à Novgorod ; le ciel froid avait peu influencé les principaux fondements du caractère méridional, seulement la nature ingrate avait développé un esprit plus commercial, mais elle n’avait pas créé un caractère calculateur et une politique de boutiquier. L’activité commerciale s’y unissait avec l’héroïsme, avec l’incertitude du but à atteindre et le manque de fermeté dans l’exécution, comme on les voyait dans les bandes militaires du Midi. Novgorod fut toujours un vrai frère du sud. On ne voyait pas de politique chez elle, son peuple ne pensait pas à s’assurer la possession d’un vaste territoire et à réunir, à lier fermement ensemble les peuples de diverses races qui habitaient ce territoire, à introduire une organisation solide de ses sujets, à édicter des règlements sur les rapports mutuels entre les couches du peuple ; sa manière de gouverner dépendait toujours d’une impulsion soudaine de liberté individuelle. Les circonstances lui donnaient une immense importance commerciale, mais elle ne chercha jamais à tourner ces conditions à son profit et à se servir de ses gains pour affermir l’autonomie de son corps politique, c’est pourquoi dans le commerce elle tomba entièrement entre les mains des étrangers.

À Novgorod, comme au Midi, il y avait beaucoup de bravoure impulsive, de courage, d’entraînement poétique, mais peu d’entreprise politique et encore moins de retenue. Souvent le peuple de Novgorod se préparait à défendre chaudement ses droits, sa liberté, mais il ne savait pas réunir tous les moyens, tous les efforts nécessaires, toutes les bonnes volontés tendant visiblement au même but, mais bientôt la divergence éclatait dans l’exécution, c’est pourquoi il était toujours inférieur en politique, se débarrassait des attaques des princes moscovites en payant une rançon avec des produits de son industrie et de ses possessions, alors même que l’État aurait très bien pu se mesurer avec ces