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l’union de toute la Russie en fédération et ils avaient emprunté cette tendance locale à la partie orientale. La chronique est avare de renseignements sur les aspirations populaires, pourtant on y voit des faits qui montrent que dans les affaires où on les accuse d’arbitraire, les princes agissaient sous l’influence de la volonté populaire et que ce qu’on attribue à l’autocratie devrait l’être aux aspirations de l’entourage des princes. Quand Vsévolod voulut relâcher les princes prisonniers, son neveu Gleb de Riasan, les Vladimiriens ne le permirent pas et leur firent percer les yeux. Plus tard, ce même Vsévolod marche contre Novgorod et assiège Torjok. Il est plutôt partisan de la paix et ne veut pas ravager le district, mais son armée insiste pour que le pillage ait lieu. Elle regardait toute offense faite aux princes comme une offense à elle-même. « Nous ne sommes pas venus pour les embrasser, disaient ironiquement les Vladimiriens. » Ainsi le désir de subjuguer Novgorod et la haine des Novgorodiens ne venaient pas des sentiments du prince mais de la volonté populaire du peuple. C’est pourquoi les Novgorodiens, ayant repoussé de leurs murs les Souzdaliens, firent bientôt la paix avec le prince de Souzdal, mais par contre ils se vengèrent cruellement des Souzdaliens en les vendant tous pour deux nogat (environ un sou). C’est pourquoi les Souzdaliens combattirent avec tant d’acharnement contre les Novgorodiens sous l’étendard de Mstislav-le-Brave. Plusieurs fois on a pu remarquer qu’au temps des attaques des princes de la Russie orientale contre Novgorod se faisait voir la fierté nationale de ce pays qui avait réussi à répandre la fausse idée de la supériorité de son peuple sur les Novgorodiens, et sur son droit de primauté. Les éléments d’instruction formés à Kief dans les idées de l’Eglise orthodoxe, passèrent dans la Russie orientale, y prirent une nouvelle extension sous une autre forme. Au lieu de l’antique Kief, parut à l’Est une nouvelle Kief—Vladimir ; tout prouve qu’on avait l’intention de créer une nouvelle Kief, de transporter la vieille Kief ailleurs. On y construisit, aussi l’église patronale de la Mère de Dieu, au dôme d’or (Bogorodytsy zlatoverkhoi), et la Porte d’or ; on y adopta aussi les noms des sanctuaires de Kief ; le couvent de Petchersk, la rivière Libed. Mais on ne pouvait enlever Kief à ses collines du Dnieper, et ces rejetons transplantés sous le ciel du Nord-Est, dans un sol étranger, poussèrent différemment et portèrent d’autres temps.