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Kief, que de Polotsk ou de Smolensk ses voisines. Il est clair que cela venait de sa communauté ethnographique avec la Russie méridionale.

À partir de la moitié du douzième siècle, le caractère de la Russie orientale, c’est-à-dire les pays de Souzdal, Rostoff, Mourom, Riasan, s’affirment. Son existence indépendante selon le chroniqueur commence en 1157 par l’élection d’André Youriévitch comme prince particulier de tout le pays de Rostoff-Souzdal. Alors se montra clairement l’esprit particulier qui dominait dans l’organisation sociale de ce pays, les idées sociales sur la vie commune de ce pays ; ses idées générales sur la vie commune se distinguaient de celles qu’on trouvait dans la Russie méridionale et à Novgorod. Cette époque est très importante, elle est précieuse pour celui qui étudie l’adolescence du peuple grand russien. On y voit un tableau, un peu flou, il est vrai, de l’enfance de ce peuple. On peut y observer la première manifestation des qualités qui furent la source de sa force, de ses vertus et de ses faiblesses. C’est comme si on lisait le récit de l’enfance d’un grand homme, et qu’on y cherchât à saisir les prodromes de ses hauts faits.

Qu’est-ce qui différencie le peuple grand russien dans son enfance du peuple ukranien et d’autres peuples de Russie ? C’est la volonté de donner à son pays l’unité et la puissance.

André fut élu seul prince de tout le territoire, de toutes les villes. Il avait plusieurs frères et deux neveux. Ils furent exilés, deux seuls furent autorisés à rester, l’un parce qu’il était malade et n’était pas dangereux, l’autre parce qu’il n’était pas ambitieux. Ce n’est pas André qui avait banni ses frères, mais tout le pays. Le chroniqueur raconte que ceux qui avaient choisi André avaient eux-mêmes chassé ses frères cadets. Pourtant l’unité vers laquelle tendaient évidemment les idées ne put tout d’un coup s’effectuer et se développer dans un milieu défavorable qui n’y était pas accoutumé.

Plus tard le pays eut de nouveau plusieurs princes, mais l’un d’eux était devenu le grand-duc, le chef de tout le pays. En même temps une nouvelle tendance se faisait jour, celle de soumettre toutes les autres parties de la Russie à la domination de la Grande Russie. Les peuples de Mourom et de Riasan et leur prince étaient déjà soumis au prince de Souzdal-Rostoff. Ce n’était pas par la volonté particulière des princes seuls.

Ceux-ci sortaient d’une famille dont l’importance dépendait de