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ce qu’ils avaient ou n’avaient pas vu ; et ils erraient ainsi au hasard, un à un, deux à deux, ou par groupes, en se félicitant l’un l’autre d’agir tellement comme des hommes. Ils buvaient aux réservoirs dont ils troublaient l’eau, et se mordaient pour en approcher, puis s’élançaient tous ensemble en masses compactes et criaient :

— Il n’y a personne dans la jungle d’aussi sage, d’aussi bon, d’aussi intelligent, d’aussi fort et d’aussi doux que les Bandar-log.

Ensuite ils recommençaient jusqu’à ce que, fatigués de la ville, ils retournassent aux cimes des arbres, dans l’espoir que le Peuple de la Jungle les remarquerait.

Mowgli, dressé à observer la Loi de la Jungle, n’aimait ni ne comprenait ce genre de vie. Il se faisait tard dans l’après-midi quand les singes, le portant, arrivèrent aux Grottes Froides. Et, au lieu d’aller dormir, comme Mowgli l’aurait fait après un long voyage, ils se prirent par la main et se mirent à danser en chantant leurs plus folles chansons. Un des singes fit un discours et dit à ses compagnons que la capture de Mowgli marquait une nouvelle étape dans l’histoire des Bandar-log, car il allait leur montrer comment on entrelaçait des branches et des roseaux pour s’abriter contre la pluie et le vent. Mowgli cueillit des lianes et entreprit de les tresser ; les singes essayèrent de l’imiter ; mais, au bout de quelques minutes, ils ne s’intéressaient plus à leur besogne et se mirent à tirer les queues de leurs camarades ou à sauter des quatre pattes en toussant.

— Je voudrais manger, dit Mowgli. Je suis un étranger