Page:Kipling - Le Livre de la jungle, illustré par de Becque.djvu/61

Cette page a été validée par deux contributeurs.


bêtes regardent très rarement en l’air, l’occasion ne se présentait guère pour eux et le Peuple de la Jungle de se rencontrer ; mais, toutes les fois qu’ils trouvaient un loup malade, ou un tigre blessé, ou un ours, les singes le tourmentaient, et ils avaient coutume de jeter des bâtons et des noix à n’importe quelle bête, pour rire, et dans l’espoir qu’on les remarquerait. Puis ils criaient ou braillaient à tue-tête des chansons dénuées de sens ; et ils provoquaient le Peuple de la Jungle à grimper aux arbres pour lutter avec eux, ou bien, sans motif, s’élançaient en furieuses batailles les uns contre les autres, en prenant soin de laisser les singes morts où le Peuple de la Jungle pourrait les voir. Toujours sur le point d’avoir un chef, des lois et des coutumes à eux, ils ne s’y résolvaient jamais, leur mémoire étant incapable de rien retenir d’un jour à l’autre ; aussi arrangeaient-ils les choses au moyen d’un dicton : « Ce que les Bandar-log pensent maintenant, la jungle le pensera plus tard », dont ils tiraient grand réconfort. Aucune bête ne pouvait les atteindre, mais, d’un autre côté, aucune bête ne faisait attention à eux, et c’est pourquoi ils avaient été si contents d’attirer Mowgli et d’entendre combien Baloo en ressentait d’humeur.

Ils n’avaient pas l’intention de faire davantage — les Bandar-log n’ont jamais d’intentions ; mais l’un imagina, et l’idée lui parut lumineuse, de dire aux autres que Mowgli serait utile à posséder dans la tribu, parce qu’il savait entrelacer des branches en abri contre le vent ; et que, s’ils s’en saisissaient, ils pourraient le forcer à leur apprendre. Mowgli, en effet, comme enfant de bûcheron, avait hérité de