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lâches, et c’est à des lâches que je parle. Il est certain que je dois mourir, et ma vie ne vaut plus grand’chose ; autrement, je l’offrirais pour celle du petit d’homme. Mais, afin de sauver l’honneur du Clan — presque rien, apparemment, qu’à force de vivre sans chef vous avez oublié — je m’engage, si vous laissez le petit d’homme retourner chez les siens, à ne pas montrer une dent lorsque le moment sera venu pour moi de mourir. Je mourrai sans me défendre. Le Clan y gagnera au moins trois existences. Je ne puis faire plus ; mais, si vous consentez, je puis vous épargner la honte de tuer un frère auquel on ne saurait reprocher aucun tort — un frère qui fut réclamé, acheté, pour être admis dans le Clan, suivant la Loi de la Jungle.

— C’est un homme — un homme — un homme ! gronda l’assemblée.

Et la plupart des loups firent mine de se grouper autour de Shere Khan, dont la queue se mit à fouailler les flancs.

— À présent, l’affaire est en tes mains ! dit Bagheera à Mowgli. Nous autres, nous ne pouvons plus rien que nous battre.

Mowgli se leva — le pot de braise dans les mains. Puis il s’étira et bâilla au nez du Conseil ; mais il était plein de rage et de chagrin, car, en loups qu’ils étaient, ils ne lui avaient jamais dit combien ils le haïssaient.

— Écoutez ! Il n’y a pas besoin de criailler comme des chiens. Vous m’avez dit trop souvent cette nuit que je suis un homme (et cependant je serais resté un loup avec vous jusqu’à la fin de ma vie) ; je sens la vérité de vos paroles. Aussi, je ne vous appelle plus mes frères, mais sag (chiens),