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et il sentait son cœur tout chaud dans sa poitrine. Il arriva à la caverne au moment où montait le brouillard du soir, reprit haleine et regarda en bas dans la vallée. Les jeunes loups étaient dehors, mais la mère, au fond de la caverne, comprit, au bruit du souffle de Mowgli qu’un souci troublait sa grenouille.

— Qu’y a-t-il, Fils ? dit-elle.

— Des potins de chauve-souris à propos de Shere Khan ! répondit-il. Je chasse en terre de labour, ce soir.

Il plongea dans les broussailles pour gagner le cours d’eau tout au fond de la vallée. Là, il s’arrêta, car, au milieu des cris du Clan en chasse, il entendit meugler un sambhur traqué, le râle de la bête aux abois. Puis montèrent des hurlements de dérision et de malignité ; c’étaient les jeunes loups.

— Akela ! Akela ! Que le Solitaire montre sa force ! Place au chef du Clan ! Saute, Akela !

Le Solitaire dut sauter et manquer sa prise, car Mowgli entendit le claquement de ses mâchoires et un glapissement lorsque le sambhur, avec son pied de devant, le culbuta. Il ne resta pas à en écouter davantage, mais s’élança en avant ; et les cris s’affaiblirent derrière lui à mesure qu’il se hâtait vers les terres cultivées où demeuraient les villageois.

— Bagheera disait vrai ! souffla-t-il, en se nichant parmi le fourrage amoncelé sous la fenêtre d’une hutte. Demain, c’est le jour d’Akela et le mien.

Alors, il appliqua son visage contre la fenêtre et considéra le feu sur l’âtre ; il vit la femme de l’homme se lever