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se serait donné à lui-même le nom de loup, s’il avait su parler quelque langue humaine.

Shere Khan se trouvait toujours dans la jungle, sur le chemin de Mowgli. À mesure que le chef Akela prenait de l’âge et perdait sa force, le tigre boiteux s’était lié de grande amitié avec les loups plus jeunes de la tribu, qui le suivaient pour avoir ses restes, chose que jamais Akela n’eût permise s’il avait osé aller jusqu’au bout de son autorité légitime. En outre, Shere Khan les flattait : il s’étonnait que de si beaux jeunes chasseurs fussent satisfaits de se laisser conduire par un loup moribond et par un petit d’homme.

— On me raconte, disait Shere Khan, que vous autres, au Conseil, vous n’osez pas le regarder entre les yeux !

Et les jeunes loups grondaient, en hérissant leur échine.

Bagheera, qui avait les yeux et les oreilles partout à la fois, eut vent de quelque chose, et, une fois ou deux, expliqua nettement à Mowgli que Shere Khan le tuerait un beau jour. Et Mowgli riait, et répondait :

— J’ai pour moi le Clan, j’ai toi — et Baloo, tout paresseux qu’il est, donnerait bien un coup de patte ou deux en mon honneur. Pourquoi donc craindre ?

Ce fut un jour de grande chaleur qu’une idée — née de quelque propos entendu, se forma dans le cerveau de Bagheera. Peut-être était-ce Sahi, le porc-épic, qui lui avait parlé de la chose. En tout cas, s’adressant à Mowgli, un soir, au plus profond de la jungle, comme l’enfant couché reposait sa tête sur le beau pelage noir de la panthère :