Page:Kipling - Le Livre de la jungle, illustré par de Becque.djvu/281

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Jusque-là, il n’avait pas manifesté signe d’étonnement ou de quoi que ce fût ; mais alors, ses yeux commencèrent à s’ouvrir de plus en plus, il rassembla les rênes de son cheval et regarda derrière lui. Un instant, il sembla sur le point de tirer son sabre et de se tailler une route à travers les Anglais, hommes et femmes, qui se trouvaient dans les voitures à l’arrière.

Enfin la marche en avant s’arrêta court, le sol cessa de trembler, la ligne tout entière salua, et trente musiques commencèrent à jouer ensemble. C’était la fin de la revue, et les régiments retournèrent à leurs camps sous la pluie, tandis qu’une musique d’infanterie attaquait :

Les animaux allaient deux par deux !
_______Hourra !
Les animaux allaient deux par deux,
L’éléphant et le mulet de batterie,
Et ils entrèrent tous dans l’Arche
  Pour se mettre à l’abri de la pluie !

J’entendis alors un vieux chef de l’Asie Centrale, à longue chevelure grise, venu du Nord avec l’amir, poser ces questions à un officier indigène :

— Maintenant, dit-il, comment a-t-on accompli cette chose étonnante ?

L’Officier répondit :

— Un ordre a été donné, auquel on a obéi.

— Mais les bêtes sont-elles donc aussi sages que les hommes ? demanda le Chef.

— Elles obéissent, comme font les hommes : mulet, cheval, éléphant ou bœuf obéit à son conducteur, le