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qui aboie ; aussi, elle se mit en devoir de persécuter Double-Queue dans ses piquets et jappa autour de ses gros pieds. Double-Queue s’agita et cria :

— Allez-vous-en, petit chien ! Ne flairez pas mes chevilles, ou bien je vais vous donner un coup de pied. Bon petit chien — gentil petit chien. Là ! là ! Rentrez à la maison, vilaine bête jappante ! Oh ! personne ne l’ôtera donc de là ? Il va me mordre dans une minute.

— Paraît, dit Billy au cheval de troupe, que notre ami Double-Queue a peur à peu près de tout. Si on m’avait donné une pleine ration par chien auquel j’ai rué dans les mâchoires sur le champ de manœuvre, je serais à cette heure presque aussi gros que Double-Queue.

Je sifflai et Vixen courut à moi, toute crottée, me lécha le nez, et me raconta une longue histoire sur ses recherches à ma suite dans le camp. Je ne lui ai jamais laissé savoir que je comprenais le langage des bêtes, de peur qu’elle prenne ensuite toutes sortes de libertés. Aussi je la boutonnai dans le devant de mon manteau, tandis que Double-Queue s’agitait, foulait le sol, et grondait en lui-même :

— C’est extraordinaire ! Tout à fait extraordinaire ! Un mal qui court dans notre famille… Maintenant, où est-elle passée, la sale petite bête ?

Je l’entendis tâter autour de lui avec sa trompe.

— Je crois que nous avons tous nos faiblesses, chacun les siennes, continua-t-il, en se mouchant. Tout à l’heure, vous autres. Messieurs, paraissiez inquiets, je crois, lorsque je trompetais.