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— Et cependant, dit Billy, vous faites de mauvais rêves, et vous bouleversez le camp la nuit. Eh bien ! Avant que je m’étende — je ne parle pas de me coucher — et que je laisse un homme tirer par-dessus mon corps, mes talons et sa tête auraient quelque chose à se dire. A-t-on jamais entendu parler de choses pareilles !

Il y eut un long silence. Puis, un des bœufs de batterie leva sa grosse tête pour dire :

— Tout cela est vraiment fort absurde. Il n’y a qu’une manière de combattre.

— Oh ! allez-y, dit Billy. Je vous en prie, ne vous gênez pas pour moi. Je suppose que vous autres, vous combattez en vous tenant debout sur la queue ?

— Une seule manière, dirent-ils tous deux ensemble (Ils devaient être jumeaux). La voici : Mettre nos vingt attelages au gros canon aussitôt que Double-Queue commence à trompeter. (Double-Queue est le nom d’argot de camp par lequel on désigne l’éléphant.)

— Pourquoi Double-Queue trompette-t-il ? demanda le jeune mulet.

— Pour déclarer qu’il n’ira pas plus près de la fumée en face… Double-Queue est un grand poltron… Alors, nous tirons tous ensemble le gros canon — Heya — Hullah ! Heeyah ! Hullah ! Nous ne grimpons pas, nous autres, comme des chats, ni ne courons comme des veaux. Nous cheminons par la plaine unie, nos vingt jougs à la fois, jusqu’à ce qu’on nous dételle : puis, nous paissons tandis que les gros canons causent à travers la plaine avec quelque ville derrière des murs de terre. Et des pans de mur