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chevelus, armés de couteaux… de longs couteaux brillants, pires que les couteaux du vétérinaire… et il me faut faire attention à ce que la botte de Dick touche juste, sans appuyer, la botte de son voisin. Je vois la lance de Dick à ma droite de mon œil droit, et je sais qu’il n’y a pas de danger. Je n’envie pas la place de l’homme ou du cheval qui se trouveraient dans notre chemin, à Dick et à moi, lorsque nous sommes pressés.

— Est-ce que les couteaux font mal ? demanda le Jeune Mulet.

— Heu… j’en ai reçu une estafilade en travers du poitrail une fois… mais ce n’était pas la faute de Dick…

— Je me serais bien occupé de qui c’était la faute, si on m’avait fait mal ! interrompit le Jeune Mulet.

— Il faut s’en occuper, repartit le cheval de troupe. Si vous n’avez pas confiance dans votre homme, aussi bien décamper tout de suite. Quelques-uns de nos chevaux s’y entendent, et je ne les blâme pas. Comme je le disais, ce n’était pas la faute de Dick. L’homme était couché sur le sol, et je m’allongeais pour ne pas l’écraser, mais il me lança une estocade de bas en haut. La prochaine fois que je franchis un homme couché par terre, je pose le pied dessus… et ferme.

— Hem ! dit Billy ; tout cela paraît bien absurde. Les couteaux me font l’effet de sales outils en toutes circonstances. Mieux vaut escalader une montagne, une selle bien équilibrée sur le dos, se cramponner des quatre pieds et des oreilles, grimper, ramper et se faufiler, jusqu’à ce qu’on débouche à ces centaines de pieds au-dessus de tout