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recrue s’était mise à nous conter des histoires de serpents-fouets qu’on trouve chez nous, en Australie, au point que nous mourions de peur à la seule vue des cordes pendantes de nos licous.

— Tout cela est bel et bon dans le camp, observa Billy ; je ne laisse pas de m’emballer moi-même, pour la farce, quand je reste à l’écurie un jour ou deux ; mais que faites-vous en campagne ?

— Oh ! c’est une tout autre paire de bottes, dit le cheval de troupe. J’ai Dick Cunliffe sur le dos, alors, et il m’enfonce ses genoux dans les côtes : tout ce que j’ai à faire, c’est de regarder où je mets le pied, de bien rassembler mon arrière-main et d’obéir aux rênes.

— Qu’est-ce que cela, obéir aux rênes ? demanda le Jeune Mulet.

— Par les gommiers bleus d’Australie, renâcla le cheval de troupe, voulez-vous me faire croire qu’on ne vous a pas appris dans votre métier ce que c’est que d’obéir aux rênes ? À quoi êtes-vous bons si vous ne pouvez pas tourner tout de suite lorsque la rêne vous presse l’encolure ? C’est une question de vie ou de mort pour votre homme et, bien entendu, de vie ou de mort pour vous. On commence à appuyer, l’arrière-main rassemblée, au moment où on sent la pression de la rêne sur l’encolure. Si on n’a pas la place de tourner, on pointe un peu et on se reçoit sur ses jambes de derrière. Voilà ce que c’est que d’obéir aux rênes.

— On ne nous apprend pas les choses de cette façon, dit Billy, le Mulet, froidement. On nous enseigne à obéir à