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— La danse… la danse des éléphants ! Je l’ai vue… et je meurs !

Et comme Kala Nag se couchait, il glissa de son dos, évanoui.

Mais les enfants indigènes n’ont pas de nerfs dont il vaille la peine de parler : au bout de deux heures, il se réveillait, confortablement allongé dans le hamac de Petersen Sahib, la veste de chasse de Petersen Sahib sous la tête, un verre de lait chaud additionné d’un peu d’eau-de-vie et d’une pointe de quinine dans le ventre ; et, tandis que les vieux chasseurs des jungles, velus et balafrés, assis sur trois rangs de profondeur devant lui, le regardaient comme un revenant, il raconta son histoire en mots naïfs, à la manière des enfants, et conclut :

— Maintenant, si je mens d’un seul mot, envoyez des hommes pour voir ; et ils trouveront que les éléphants, en piétinant, ont agrandi leur salle de bal, et ils trouveront des dizaines et des dizaines et beaucoup de fois de dizaines de traces conduisant à cette salle de bal. Ils l’ont agrandie avec leurs pieds. Je l’ai vu. Kala Nag m’a pris avec lui, et j’ai vu. Même, Kala Nag a les jambes très fatiguées.

Petit Toomai se renversa en arrière, et dormit tout l’après-midi ; il dormait encore au crépuscule, et, pendant qu’il dormait, Petersen Sahib et Machua Appa suivirent la trace des deux éléphants sur un parcours de quinze milles à travers les montagnes. Petersen Sahib avait passé dix-huit ans de sa vie à prendre des éléphants, et n’avait qu’une seule fois jusque-là découvert semblable salle de bal. Machua Appa n’eut pas besoin de regarder deux fois la clairière pour voir