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tout juste de la rivière embrumée. Puis, les arbres se refermèrent encore, et ils continuèrent de monter, avec des fanfares et des cris et le bruit des branches brisées de toutes parts.

À la fin, Kala Nag s’arrêta entre deux troncs d’arbres, au sommet de la montagne : ils faisaient partie d’une enceinte poussée autour d’un espace irrégulier de trois ou quatre acres environ, et, sur tout cet espace, Petit Toomai pouvait le voir, le sol avait été foulé jusqu’à prendre la dureté d’un carrelage de briques. Quelques arbres s’élevaient au centre de la clairière, mais leur écorce était usée, et le bois même apparaissait au-dessous, brillant et poli, sous les taches de clair de lune. Des lianes pendaient des branches supérieures, dont les fleurs en forme de cloches, grands liserons d’un blanc de cire, tombaient comme alourdies de sommeil jusqu’à terre. Mais, dans les limites de la clairière, il n’y avait pas un brin de verdure : rien que la terre foulée ; le clair de lune lui donnait une teinte gris de fer, excepté ça et là ou se tenaient quelques éléphants aux ombres noires comme de l’encre. Petit Toomai regardait en retenant son souffle, les yeux écarquillés ; et, tandis qu’il regardait, des éléphants toujours plus nombreux sortaient d’entre les troncs d’arbres, en se dandinant, pour entrer dans l’espace ouvert. Petit Toomai ne savait compter que jusqu’à dix ; il compta et recompta sur ses doigts, jusqu’à ce qu’il perdît son compte de dizaines, et la tête commença de lui tourner. En dehors de la clairière, il pouvait entendre le fracas des éléphants dans la brousse, comme ils se frayaient un chemin vers le sommet de la montagne ; mais, aussitôt