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plein keddah ne finit pas en prison. Tiens, petit, voici quatre annas pour acheter des bonbons, parce que tu as une vraie petite tête sous ce grand chaume de cheveux. Le moment venu, tu pourras devenir un chasseur aussi.

Grand Toomai fronça les sourcils de plus belle.

— Rappelle-toi, cependant, que les keddahs ne sont pas faits pour les jeux des enfants, ajouta Petersen Sahib.

— Faudra-t-il n’y jamais entrer, Sahib ? demanda Petit Toomai avec un gros soupir.

— Si ! répondit en souriant de nouveau Petersen Sahib. Quand tu auras vu les éléphants danser ! Ce sera le moment. Viens me trouver quand tu auras vu danser les éléphants, et alors je te laisserai entrer dans tous les keddahs.

Il y eut une autre explosion de rires, car la plaisanterie est vieille parmi les chasseurs d’éléphants, c’est une façon de dire jamais. Il y a, cachées au loin dans les forêts, de grandes clairières unies que l’on appelle les « salles de bal des éléphants », mais on ne les découvre que par hasard, et nul homme n’a jamais vu les éléphants danser. Lorsqu’un chasseur se vante de son adresse et de sa bravoure, les autres lui disent :

— Et quand est-ce que tu as vu danser les éléphants ?

Kala Nag reposa Petit Toomai sur le sol et l’enfant salua de nouveau très bas, s’en fut avec son père, et donna la pièce d’argent de quatre annas à sa mère, qui nourrissait un dernier-né. Puis toute la famille prit place sur le dos de Kala Nag, et la file d’éléphants, grognant, criant, se déroula le long du chemin de la montagne, vers la plaine. C’était une marche très animée, à cause des nouveaux éléphants,