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routes, et nous ne penserons plus à tout cela. Mais, fils, je suis fâché que tu te sois mêlé de cette besogne : c’est affaire à ces gens d’Assam, immondes rôdeurs de jungle qu’ils sont. Kala Nag ne veut obéir à personne qu’à moi, aussi me faut-il aller avec lui dans le keddah. Mais il n’est qu’un éléphant de combat, et il n’aide pas à lier les autres ; c’est pourquoi je demeure assis à mon aise, comme il convient à un mahout — non pas un simple chasseur ! — un mahout, dis-je, un homme pourvu d’une pension à la fin de son service. Est-ce que la famille de Toomai des Éléphants est bonne à se faire piétiner dans l’ordure d’un keddah ? Méchant ! Vilain ! Fils indigne ! Va-t’en laver Kala Nag, fais attention à ses oreilles, et vois s’il n’a pas d’épines dans les pieds ; autrement, Petersen Sahib t’attrapera, bien sûr, et fera de toi un traqueur sauvage — un de ces fainéants qui suivent les éléphants à la piste, un ours de jungle. Pouah ! Fi donc ! Va !

Petit Toomai s’en alla sans mot dire, mais il conta ses griefs à Kala Nag, pendant qu’il examinait ses pieds.

— Cela ne fait rien, dit Petit Toomai, en retournant le bord de l’énorme oreille droite, ils ont dit mon nom à Petersen Sahib et peut-être — peut-être — peut-être — qui sait ? Aie ! vois la grosse épine que je t’enlève là !

Les quelques jours suivants furent employés à rassembler les prises, à promener entre deux éléphants apprivoisés les animaux nouvellement capturés, pour éviter trop d’ennuis avec eux en descendant au sud, vers les plaines, puis à réunir les couvertures, les cordes et tout ce qui aurait pu se gâter ou se perdre dans la forêt. Petersen Sahib arriva