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Toomai, tout frétillant de joie au sommet des poteaux.

Il fit plus que de frétiller ! Une nuit, il se laissa glisser du haut de son poteau, se faufila parmi les éléphants, ramassa le bout libre de la corde tombée à terre et la jeta vivement à l’homme qui essayait d’attraper un petit récalcitrant (les jeunes donnent toujours plus de mal que les adultes). Kala Nag le vit, le saisit dans sa trompe, le tendit à Grand Toomai, qui le gifla dare-dare et le remit sur le poteau. Le lendemain matin, il le gronda et lui dit :

— De bonnes lignes à éléphants, en briques, et quelques tentes à porter, n’est-ce pas suffisant, que tu aies besoin d’aller faire la chasse aux éléphants pour ton compte, petit propre à rien ? Voilà, maintenant, que ces misérables chasseurs, dont la paye n’approche pas de la mienne, ont parlé de l’affaire à Petersen Sahib.

Petit Toomai eut peur. Il ne savait pas grand-chose des Blancs, mais Petersen Sahib représentait pour lui le plus grand homme blanc du monde : il était le chef de toutes les opérations dans le keddah — celui qui prenait tous les éléphants pour le Gouvernement de l’Inde, et qui en connaissait plus long que personne au monde sur les us et coutumes des éléphants.

— Quoi ! qu’est-ce qui peut arriver ? dit Petit Toomai.

— Ce qui peut arriver ! le plus mauvais, tout simplement. Petersen Sahib est un fou : autrement, pourquoi traquer ces démons sauvages ? … Il peut même te forcer à devenir chasseur d’éléphants, à dormir n’importe où, dans ces jungles fiévreuses, à te faire un jour, en fin de compte, fouler à mort dans le keddah. Il est heureux que cette