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l’homme et sa femme, puis l’enfant si je peux, et partirai sans bruit. Alors, le bungalow sera vide, et Rikki-tikki s’en ira.

Rikki-tikki tressaillit tout entier de rage et de haine en entendant cela. Puis il vit la tête de Nag sortir du conduit, suivie des cinq pieds de long de son corps écailleux et froid. Malgré sa colère, il eut cependant très peur en voyant la taille du grand cobra. Nag se couda, dressa la tête, et son regard parcourut la salle de bains, à travers l’obscurité où Rikki-tikki pouvait voir ses yeux luire.

— Si je le tue maintenant, à cette place, Nagaina le saura ; et d’autre part, si je lui livre bataille ouverte sur le plancher, l’avantage lui demeure… Que faire ? se dit Rikki-tikki.

Nag ondula de-ci de-là, et Rikki-tikki l’entendit boire dans la grosse jarre qui servait à remplir la baignoire.

— Voilà qui est bien, dit le serpent. Maintenant, lorsque Karait a été tué, l’homme avait un bâton. Il peut l’avoir encore ; mais, quand il viendra au bain, le matin, il ne l’aura pas. J’attendrai ici qu’il vienne. Nagaina — m’entendez-vous — Je vais attendre ici, au frais, jusqu’au jour.

Aucune réponse ne vint du dehors, d’où Rikki-tikki conclut que Nagaina était partie. Nag se replia sur lui-même, anneau par anneau, tout autour du fond bombé de la jarre, et Rikki-tikki se tint tranquille comme mort.

Au bout d’une heure, il commença d’avancer muscle à muscle, vers la jarre. Nag était endormi, et Rikki-tikki contempla son grand dos, se demandant quelle place offrirait la meilleure prise.