Page:Kipling - Le Livre de la jungle, illustré par de Becque.djvu/152

Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Je vais les suivre, dit-il.

Et les yeux lui sortaient presque de la tête comme il clopinait derrière le troupeau.

— Le Phoque Blanc vient derrière nous, cria Patalamon. C’est la première fois qu’un phoque est jamais venu aux abattoirs tout seul.

— Ne regarde pas en arrière, dit Kerick. Je suis sûr maintenant que c’est l’esprit de Zaharrof ! … Il faut que j’en parle au prêtre.

La distance jusqu’aux abattoirs n’était que d’un demi-mille, mais elle prit une heure à couvrir, car, si les phoques allaient trop vite. Kerick savait qu’ils s’échaufferaient et qu’alors leur fourrure s’en irait par plaques lorsqu’on les écorcherait. De sorte qu’ils allèrent très lentement, passé Sea-Lion’s Neck et passé Webster-House jusqu’à ce qu’ils atteignissent le Saloir situé juste hors de vue des phoques de la grève. Kotick suivit, haletant et perplexe. Il se croyait au bout du monde, mais les cris des nurseries, derrière lui, résonnaient aussi haut que le bruit d’un train dans un tunnel.

Enfin, Kerick s’assit sur la mousse, tira une lourde montre d’étain et laissa le troupeau fraîchir pendant trente minutes… et Kotick pouvait entendre la rosée du brouillard s’égoutter du bord de son bonnet. Puis dix ou douze hommes, chacun armé d’une massue bandée de fer et longue de trois ou quatre pieds, s’approchèrent. Kerick leur désigna un ou deux individus de la bande qui avaient été mordus par leurs camarades ou s’étaient échauffés, et les hommes les jetèrent de côté à grands coups de leurs