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d’huile brûlante, et une flamme brusque lorsqu’il saute, et les vagues se brisent en grandes zébrures et en tourbillons phosphorescents. Puis ils remontèrent à l’intérieur jusqu’aux terrains des holluschickie, se roulèrent du haut en bas dans les folles avoines nouvelles et racontèrent des histoires sur ce qu’ils avaient fait pendant qu’ils couraient la mer. Ils parlaient du Pacifique comme les écoliers d’un bois d’où ils viendraient de gauler des noisettes, et, si quelqu’un les eût compris, il aurait pu, rentré chez lui, dresser de cet océan une carte comme on n’en vit jamais. Les holluschickie de trois et quatre ans dégringolèrent de Hutchinson’s Hill en criant :

— Place, gosses ! La mer est profonde, et vous ne savez pas encore tout ce qu’il y a dedans. Attendez d’avoir doublé le Cap. Eh ! petit, où as-tu pris cet habit ?

— Je ne l’ai pas pris, dit Kotick, il a poussé tout seul. — Et, au moment où il allait rouler son interlocuteur, deux hommes à cheveux noirs, à faces rougeaudes et plates, sortirent de derrière une dune, et Kotick, qui n’avait jamais vu d’hommes auparavant, toussa et mit la tête basse. Les holluschickie s’ébranlèrent pesamment de quelques mètres, puis restèrent immobiles à les dévisager stupidement. Les hommes n’étaient rien moins que Kerick Booterin, le chef des chasseurs de phoques de l’île, et Patalamon, son fils. Ils venaient d’un petit village à moins d’un demi-mille des nurseries, et ils s’occupaient de décider quels phoques ils rabattraient vers les abattoirs — car on mène les phoques tout comme des moutons — pour être, par la suite, transformés en jaquettes fourrées.