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et la frégate, tandis qu’ils descendent le vent ; à sauter, trois ou quatre pieds hors de l’eau, comme un dauphin, nageoires au flanc et queue recourbée ; à laisser les poissons volants tranquilles, parce qu’ils sont tout en arêtes ; à happer l’épaule d’une morue à toute vitesse par dix brasses ; et à ne jamais s’arrêter pour regarder une embarcation ou un navire, mais surtout un canot à rames. Au bout de six mois, ce que Kotick ignorait encore de la pêche en eau profonde ne valait pas la peine d’être su : et, tout ce temps, il ne se posa pas une fois sur la terre ferme.

Un jour, cependant, comme il flottait à moitié endormi dans l’eau tiède quelque part au large de l’île Juan Fernandez, il sentit un malaise et une paresse l’envahir, tout comme les humains lorsqu’ils ont « le printemps dans les jambes », et il se rappela le bon sable ferme des grèves de Novastoshnah, à deux mille lieues de là, les jeux de ses camarades, l’odeur du varech, le cri des phoques et leurs batailles. À la même minute, il mit le cap nord, nageant d’aplomb, et, comme il allait, il rencontra des douzaines de ses compagnons, tous à même destination, qui lui dirent :

— Salut, Kotick ! Cette année, nous sommes tous holluschikie, nous pourrons danser la danse du feu dans les brisants de Lukannon et jouer sur l’herbe neuve. Mais où as-tu pris cette robe ?

Le pelage de Kotick était d’un blanc presque immaculé maintenant, et, quoiqu’il en fût très fier, il répondit seulement :

— Nagez vite ! J’ai des crampes dans les os, tant il me tarde de revoir la terre.