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rangs des combattants, et jouaient sur les dunes par troupeaux et par légions, effaçant jusqu’à la moindre trace de verdure alentour. On les appelait les holluschickie — les célibataires — et il y en avait peut-être deux ou trois cent mille à Novastoshnah seulement.

Sea Catch venait de livrer son quarante-cinquième combat, un printemps, quand Matkah, son épouse, la douce et souple Matkah aux yeux caressants, sortit de la mer. Il la saisit par la peau du cou, la posa brutalement sur sa réserve, et grogna :

— En retard comme à l’ordinaire ! Où donc as-tu bien pu aller ?

Sea Catch avait l’habitude de ne rien manger pendant les quatre mois qu’il demeurait sur les grèves ; aussi son humeur était-elle généralement bourrue. Matkah, trop avisée pour répondre sur le même ton, regarda autour d’elle et roucoula :

— Quelle bonne pensée ! Tu as pris le vieil endroit cette fois encore.

— Je crois bien que je l’ai pris, dit Sea Catch… Regarde-moi.

Il se montra déchiré, saignant en vingt endroits, un œil quasi crevé, les flancs à l’état de loques.

— Oh ! ces hommes, ces hommes ! dit Matkah en s’éventant avec sa nageoire postérieure. Pourquoi ne pouvez-vous être raisonnables, et convenir de vos emplacements avec tranquillité ? Tu as l’air de t’être battu avec Killer Whale[1].

  1. La Baleine Tueuse.