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tout, Buldeo. Tu ne me donneras jamais un anna de la récompense. Il y a une vieille querelle entre ce tigre boiteux et moi — une très vieille querelle, et — j’ai gagné !

Pour rendre justice à Buldeo, eût-il eu dix ans de moins et eût-il rencontré Akela dans les bois, qu’il eût couru la chance d’une bataille, mais un loup qui obéissait aux ordres d’un enfant, d’un enfant qui lui-même avait dés difficultés personnelles avec des tigres mangeurs d’hommes, n’était pas un animal ordinaire. C’était de la sorcellerie, de la magie, et de la pire espèce, pensait Buldeo, et il se demandait si l’amulette qu’il avait au cou suffirait à le protéger. Il restait là sans bouger d’une ligne, s’attendant, chaque minute, à voir Mowgli lui-même se changer en tigre.

— Maharaj ! Grand roi ! murmura-t-il enfin d’un ton déconfit.

— Eh bien ? fit Mowgli, sans tourner la tête et en ricanant.

— Je suis un vieil homme. Je ne savais pas que tu fusses rien de plus qu’un petit berger. Puis-je me lever et partir, ou bien ton serviteur va-t-il me mettre en pièces ?

— Va, et la paix avec toi ! Seulement, une autre fois, ne te mêle pas de mon gibier. Lâche-le, Akela.

Buldeo s’en alla clopin-clopant vers le village aussi vite qu’il pouvait, regardant par-dessus son épaule pour le cas où Mowgli se serait métamorphosé en quelque chose de terrible. À peine arrivé, il raconta une histoire de magie, d’enchantement et de sortilège, qui fit faire au prêtre une mine très grave.

Mowgli continua sa besogne, mais le jour tombait que