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de la récompense quand j’aurai porté la peau à Kanhiwara.

Il fouilla dans son pagne, en tira une pierre à fusil et un briquet, et se baissa pour brûler les moustaches de Shere Khan. La plupart des chasseurs indigènes ont coutume de brûler les moustaches du tigre pour empêcher son fantôme de les hanter.

— Hum ! dit Mowgli comme à lui-même, tout en rabattant la peau d’une des pattes. Ainsi, tu emporteras la peau à Kanhiwara pour avoir la récompense et tu me donneras peut-être une roupie ? Eh bien, j’ai dans l’idée de garder la peau pour mon compte. Hé, vieil homme, à bas le feu.

— Quelle est cette façon de parler au chef des chasseurs du village ? Ta chance et la stupidité de tes buffles t’ont aidé à tuer ce gibier. Le tigre venait de manger, sans quoi il serait maintenant à vingt milles. Tu ne peux même pas l’écorcher proprement, petit mendiant, et il faut que ce soit moi, Buldeo, qui me laisse dire : « Ne brûle pas ses moustaches ! » Mowgli, je ne te donnerai pas un anna de la récompense, mais une bonne correction et voilà tout. Laisse cette carcasse !

— Par le Taureau qui me racheta ! dit Mowgli en attaquant l’épaule, dois-je rester tout l’après-midi à bavarder avec ce vieux singe ? Ici, Akela ! cet homme-là m’assomme !

Buldeo, encore penché sur la tête de Shere Khan, se trouva soudain aplati dans l’herbe, un loup gris sur les reins, tandis que Mowgli continuait à écorcher, comme s’il n’y avait eu que lui dans toute l’Inde.

— Ou-ui, dit-il entre ses dents. Tu as raison, après