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la gorge, Mowgli réussit à faire tourner Rama, et les autres le suivirent aux marécages. Il n’y avait plus besoin de trépigner Shere Khan. Il était mort, et les vautours arrivaient déjà.

— Frères, il est mort comme un chien, dit Mowgli, en cherchant de la main le couteau qu’il portait toujours dans une gaine suspendue à son cou maintenant qu’il vivait avec les hommes. Mais il ne se serait jamais battu. Wallah ! sa peau fera bien sur le Rocher du Conseil. Il faut nous mettre à la besogne, lestement.

Un enfant élevé parmi les hommes n’aurait jamais rêvé d’écorcher seul un tigre de dix pieds, mais Mowgli savait mieux que personne comment tient une peau de bête, et comment elle s’enlève. Toutefois, c’était un rude travail, et Mowgli tailla, tira, peina pendant une heure, tandis que les loups le contemplaient, la langue pendante, ou s’approchaient et l’aidaient à tirer quand il l’ordonnait. Tout à coup une main tomba sur son épaule ; et, levant les yeux, il vit Buldeo avec son mousquet. Les enfants avaient raconté dans le village la charge des buffles, et Buldeo était sorti fort en colère, très pressé de corriger Mowgli pour n’avoir pas pris soin du troupeau. Les loups s’éclipsèrent dès qu’ils virent l’homme venir.

— Quelle est cette folie ? dit Buldeo d’un ton de colère. Et tu te figures pouvoir écorcher un tigre ! Où les buffles l’ont-ils tué ? C’est même le Tigre Boiteux, et il y a cent roupies pour sa tête. Bien, bien, nous fermerons les yeux sur la négligence avec laquelle tu as laissé le troupeau s’échapper, et peut-être te donnerai-je une des roupies