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arbres jusqu’à la plaine qui s’étendait en bas ; mais, ce que Mowgli regardait, c’étaient les flancs du ravin. Il put constater avec une vive satisfaction qu’ils montaient presque à pic, et que les vignes et les lianes qui en tapissaient les parois ne donneraient pas prise à un tigre s’il voulait s’échapper par là.

— Laisse-les souffler, Akela, dit-il en levant la main. Ils ne l’ont pas encore éventé. Laisse-les souffler. Il est temps de s’annoncer à Shere Khan. Nous tenons la bête au piège.

Il mit ses mains en porte-voix, héla dans la direction du ravin — c’était tout comme héler dans un tunnel — et les échos bondirent de rocher en rocher.

Au bout d’un long intervalle répondit le miaulement traînant et endormi du tigre repu qui s’éveille.

— Qui appelle ? dit Shere Khan.

Et un magnifique paon s’éleva du ravin, battant des ailes et criant.

— C’est moi, Mowgli. Voleur de bétail, il est temps de venir au Rocher du Conseil ! En bas — pousse-les en bas, Akela ! En bas. Rama, en bas !

Le troupeau hésita un moment au bord de la pente, mais Akela, donnant de la voix, lança son plein hurlement de chasse et les buffles se ruèrent les uns derrière les autres exactement comme des steamers dans un rapide, le sable et les pierres volant autour d’eux. Une fois partis, plus moyen de s’arrêter, et, avant qu’ils fussent en plein dans le lit du ravin, Rama éventa Shere Khan et mugit.

— Ah, ah ! dit Mowgli sur son dos. Tu sais, maintenant !