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Page:Kant - Critique du jugement, trad. Barni, tome premier.djvu/205

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venance de la nature avec les idées, dans l’effort tenté par l’imagination pour traiter la nature comme un schème relativement aux idées, que consiste pour la sensibilité le terrible qui, en même temps, est attrayant. Il est attrayant pour elle en même temps que terrible, car il y a là une influence que la raison exerce sur elle afin [de l’étendre conformément à son propre domaine (le domaine pratique), et de lui faire entrevoir l’infini qui est un abîme pour elle. Et, dans le fait, ce qu’un esprit, préparé par une certaine culture, appelle sublime ne se présente à l’homme grossier, en qui les idées morales ne sont pas développées,|que comme terrible. Dans ces désastres où la nature montre une si grande puissance de dévastation, et devant lesquels sa propre puissance est comme anéantie, il ne voit que les misères, les dangers, les peines dont serait entouré l’homme qui y serait exposé. C’est ainsi que ce bon et fin paysan de la Savoie, dont parle M. de Saussure, traitait de fous tous les amateurs des montagnes de glace ; et je n’oserais lui donner tout à fait tort si cet observateur avait affronté les dangers auxquels il s’exposait, uniquement, comme la plupart des voyageurs, par curiosité, ou bien pour avoir le plaisir d’en faire dans la suite de pathétiques descriptions. Mais son but était d’instruire les autres, et cet excellent homme avait et inspirait, par-dessus le