Ouvrir le menu principal

Page:Kant - Critique du jugement, trad. Barni, tome premier.djvu/202

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pas, dit-on, le sentiment de la sublimité de notre propre nature, mais bien plutôt l’abattement, le sentiment de notre entière impuissance qui semble être l’état convenable en présence d’un tel être, et qui accompagne ordinairement l’idée que nous nous faisons de cet être en présence de ces sortes d’événements de la nature. Dans les religions, en général, la seule manière d’être qui convienne en présence de la Divinité, c’est de se prosterner, d’adorer en baissant la tête, avec un visage triste, une voix tremblante : aussi la plupart des peuples l’ont-ils adoptée et l’observent-ils encore. Mais cette disposition d’esprit est loin d’être liée par elle-même et nécessairement à l’idée de la sublimité de la religion et de l’objet de la religion. L’homme, qui craint réellement, parce qu’il en trouve le sujet en lui-même, ayant conscience de pécher par de coupables pensées envers une puissance dont la volonté est irrésistible mais juste, celui-là n’est pas dans la disposition d’esprit convenable pour admirer la grandeur divine : il faut pour cela se sentir disposé à une calme contemplation et avoir le jugement tout à fait libre. Mais quand l’homme a conscience de la droiture de ses sentiments et les sait agréables à Dieu, alors seulement les effets de la puissance divine servent à réveiller en lui l’idée de la sublimité de cet être, car alors il sent en lui-même une sublimité de cœur