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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/559

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le secret de l'île.

les nuages déchirés par la foudre. Les échos répercutaient le fracas du tonnerre et lui donnaient une sonorité grandiose.

L’émotion des colons était extrême. Mille pensées étranges, surnaturelles traversaient leur cerveau, et ils évoquaient quelque grande et surhumaine apparition qui, seule, eût pu répondre à l’idée qu’ils se faisaient du génie mystérieux de l’île.

À minuit, Cyrus Smith, emportant le fanal, descendit jusqu’au niveau de la grève afin d’observer la disposition des roches. Il y avait déjà deux heures de mer baissée.

L’ingénieur ne s’était pas trompé. La voussure d’une vaste excavation commençait à se dessiner au-dessus des eaux. Là, le fil, se coudant à angle droit, pénétrait dans cette gueule béante.

Cyrus Smith revint près de ses compagnons et leur dit simplement :

« Dans une heure, l’ouverture sera praticable.

— Elle existe donc ? demanda Pencroff.

— En avez-vous douté ? répondit Cyrus Smith.

— Mais cette caverne sera remplie d’eau jusqu’à une certaine hauteur, fit observer Harbert.

— Ou cette caverne assèche complétement, répondit Cyrus Smith, et dans ce cas nous la parcourrons à pied, ou elle n’assèche pas, et un moyen quelconque de transport sera mis à notre disposition. »

Une heure s’écoula. Tous descendirent sous la pluie au niveau de la mer. En trois heures, la marée avait baissé de quinze pieds. Le sommet de l’arc tracé par la voussure dominait son niveau de huit pieds au moins. C’était comme l’arche d’un pont, sous laquelle passaient les eaux, mêlées d’écume.

En se penchant, l’ingénieur vit un objet noir qui flottait à la surface de la mer. Il l’attira à lui.

C’était un canot, amarré par une corde à quelque saillie intérieure de la paroi. Ce canot était fait en tôle boulonnée. Deux avirons étaient au fond, sous les bancs.

« Embarquons, » dit Cyrus Smith.

Un instant après, les colons étaient dans le canot. Nab et Ayrton s’étaient mis aux avirons, Pencroff au gouvernail. Cyrus Smith à l’avant, le fanal posé sur l’étrave, éclairait la marche.

La voûte, très-surbaissée, sous laquelle le canot passa d’abord, se relevait brusquement ; mais l’obscurité était trop profonde, et la lumière du fanal trop insuffisante, pour que l’on pût reconnaître l’étendue de cette caverne, sa largeur,