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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/500

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l'île mystérieuse.

« Vendredi, 6 h. matin.

« Plateau envahi par les convicts !

« Nab. »

Ils se regardèrent sans prononcer un mot, puis ils rentrèrent dans la maison. Que devaient-ils faire ? Les convicts au plateau de Grande-Vue, c’était le désastre, la dévastation, la ruine !

Harbert, en voyant rentrer l’ingénieur, le reporter et Pencroff, comprit que la situation venait de s’aggraver, et quand il aperçut Jup, il ne douta plus qu’un malheur ne menaçât Granite-house.

« Monsieur Cyrus, dit-il, je veux partir. Je puis supporter la route ! Je veux partir ! »

Gédéon Spilett s’approcha d’Harbert. Puis, après l’avoir regardé.

« Partons donc ! » dit-il.

La question fut vite décidée de savoir si Harbert serait transporté sur une civière ou dans le chariot qui avait été amené par Ayrton au corral. La civière aurait eu des mouvements plus doux pour le blessé, mais elle nécessitait deux porteurs, c’est-à-dire que deux fusils manqueraient à la défense, si une attaque se produisait en route.

Ne pouvait-on, au contraire, en employant le chariot, laisser tous les bras disponibles ? était-il donc impossible d’y placer les matelas sur lesquels reposait Harbert et de s’avancer avec tant de précaution que tout choc lui fût évité ? On le pouvait.

Le chariot fut amené. Pencroff y attela l’onagga. Cyrus Smith et le reporter soulevèrent les matelas d’Harbert, et ils les posèrent sur le fond du chariot entre les deux ridelles.

Le temps était beau. De vifs rayons de soleil se glissaient à travers les arbres.

« Les armes sont-elles prêtes ? » demanda Cyrus Smith.

Elles l’étaient. L’ingénieur et Pencroff, armés chacun d’un fusil à deux coups, et Gédéon Spilett, tenant sa carabine, n’avaient plus qu’à partir.

« Es-tu bien, Harbert ? demanda l’ingénieur.

— Ah ! monsieur Cyrus, répondit le jeune garçon, soyez tranquille, je ne mourrai pas en route ! »

En parlant ainsi, on voyait que le pauvre enfant faisait appel à toute son énergie, et que, par une suprême volonté, il retenait ses forces prêtes à s’éteindre.

L’ingénieur sentit son cœur se serrer douloureusement. Il hésita encore à