Ouvrir le menu principal

Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/476

Cette page a été validée par deux contributeurs.
476
l'île mystérieuse.

M. Spilett, qu’il faut le laisser à Port-Ballon. Mais lorsque nous serons revenus, si nous n’avons pas débarrassé l’île de ces gredins-là, il sera prudent de ramener notre bateau à Granite-house jusqu’au moment où il n’aura plus à craindre aucune méchante visite.

— C’est convenu. En route ! » dit le reporter.

Pencroff, Harbert et Gédéon Spilett, quand ils furent de retour à Granite-house, firent connaître à l’ingénieur ce qui s’était passé, et celui-ci approuva leurs dispositions pour le présent et pour l’avenir. Il promit même au marin d’étudier la portion du canal située entre l’îlot et la côte, afin de voir s’il ne serait pas possible d’y créer un port artificiel au moyen de barrages. De cette façon, le Bonadventure serait toujours à portée, sous les yeux des colons, et au besoin sous clé.

Le soir même, on envoya un télégramme à Ayrton pour le prier de ramener du corral une couple de chèvres que Nab voulait acclimater sur les prairies du plateau. Chose singulière, Ayrton n’accusa pas réception de la dépêche, ainsi qu’il avait l’habitude de le faire. Cela ne laissa pas d’étonner l’ingénieur. Mais il pouvait se faire qu’Ayrton ne fût pas en ce moment au corral, ou même qu’il fût en route pour revenir à Granite-house. En effet, deux jours s’étaient écoulés depuis son départ, et il avait été décidé que le 10 au soir, ou le 11 au plus tard, dès le matin, il serait de retour.

Les colons attendirent donc qu’Ayrton se montrât sur les hauteurs de Grande-Vue. Nab et Harbert veillèrent même aux approches du pont, afin de le baisser dès que leur compagnon se présenterait.

Mais, vers dix heures du soir, il n’était aucunement question d’Ayrton. On jugea donc convenable de lancer une nouvelle dépêche, demandant une réponse immédiate.

Le timbre de Granite-house resta muet.

Alors l’inquiétude des colons fut grande. Que s’était-il passé ? Ayrton n’était-il donc plus au corral, ou, s’il s’y trouvait encore, n’avait-il plus la liberté de ses mouvements ? Devait-on aller au corral par cette nuit obscure ?

On discuta. Les uns voulaient partir, les autres rester.

« Mais, dit Harbert, peut-être quelque accident s’est-il produit dans l’appareil télégraphique et ne fonctionne-t-il plus ?

— Cela se peut, dit le reporter.

— Attendons à demain, répondit Cyrus Smith. Il est possible, en effet, qu’Ayrton n’ait pas reçu notre dépêche, ou même que nous n’ayons pas reçu la sienne. »