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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/318

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l'île mystérieuse.

— Mais que trouvera-t-on ? demanda Pencroff. L’imaginez-vous, monsieur Cyrus ?

— À peu près, mon ami.

— Et qu’est-ce qu’on brûlera à la place du charbon ?

— L’eau, répondit Cyrus Smith.

— L’eau, s’écria Pencroff, l’eau pour chauffer les bateaux à vapeur et les locomotives, l’eau pour chauffer l’eau !

— Oui, mais l’eau décomposée en ses éléments constitutifs, répondit Cyrus Smith, et décomposée, sans doute, par l’électricité, qui sera devenue alors une force puissante et maniable, car toutes les grandes découvertes, par une loi inexplicable, semblent concorder et se compléter au même moment. Oui, mes amis, je crois que l’eau sera un jour employée comme combustible, que l’hydrogène et l’oxygène, qui la constituent, utilisés isolément ou simultanément, fourniront une source de chaleur et de lumière inépuisables et d’une intensité que la houille ne saurait avoir. Un jour, les soutes des steamers et les tenders des locomotives, au lieu de charbon, seront chargés de ces deux gaz comprimés, qui brûleront dans les foyers avec une énorme puissance calorifique. Ainsi donc, rien à craindre. Tant que cette terre sera habitée, elle fournira aux besoins de ses habitants, et ils ne manqueront jamais ni de lumière ni de chaleur, pas plus qu’ils ne manqueront des productions des règnes végétal, minéral ou animal. Je crois donc que lorsque les gisements de houille seront épuisés, on chauffera et on se chauffera avec de l’eau. L’eau est le charbon de l’avenir.

— Je voudrais voir cela, dit le marin.

— Tu t’es levé trop tôt, Pencroff, » répondit Nab, qui n’intervint que par ces mots dans la discussion.

Toutefois, ce ne furent pas les paroles de Nab qui terminèrent la conversation, mais bien les aboiements de Top, qui éclatèrent de nouveau avec cette intonation étrange dont s’était déjà préoccupé l’ingénieur. En même temps, Top recommençait à tourner autour de l’orifice du puits, qui s’ouvrait à l’extrémité du couloir intérieur.

« Qu’est-ce que Top a donc encore à aboyer ainsi ? demanda Pencroff.

— Et Jup à grogner de cette façon ? » ajouta Harbert.

En effet, l’orang, se joignant au chien, donnait des signes non équivoques d’agitation, et, détail singulier, ces deux animaux paraissaient être plutôt inquiets qu’irrités.

« Il est évident, dit Gédéon Spilett, que ce puits est en communication directe avec la mer, et que quelque animal marin vient de temps en temps respirer au fond.