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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/317

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l'abandonné.

communication possible avec eux ! Ils causaient toujours de leur pays, des amis qu’ils avaient laissés, de cette grandeur de la république américaine, dont l’influence ne pouvait que s’accroître, et Cyrus Smith, qui avait été très-mêlé aux affaires de l’Union, intéressait vivement ses auditeurs par ses récits, ses aperçus et ses pronostics.

Il arriva, un jour, que Gédéon Spilett fut amené à lui dire :

« Mais enfin, mon cher Cyrus, tout ce mouvement industriel et commercial auquel vous prédisez une progression constante, est-ce qu’il ne court pas le danger d’être absolument arrêté tôt ou tard ?

— Arrêté ! Et par quoi ?

— Mais par le manque de ce charbon, qu’on peut justement appeler le plus précieux des minéraux !

— Oui, le plus précieux, en effet, répondit l’ingénieur, et il semble que la nature ait voulu constater qu’il l’était, en faisant le diamant, qui n’est uniquement que du carbone pur cristallisé.

— Vous ne voulez pas dire, monsieur Cyrus, repartit Pencroff, qu’on brûlera du diamant en guise de houille dans les foyers des chaudières ?

— Non, mon ami, répondit Cyrus Smith.

— Cependant j’insiste, reprit Gédéon Spilett. Vous ne niez pas qu’un jour le charbon sera entièrement consommé ?

— Oh ! les gisements houillers sont encore considérables, et les cent mille ouvriers qui leur arrachent annuellement cent millions de quintaux métriques ne sont pas près de les avoir épuisés !

— Avec la proportion croissante de la consommation du charbon de terre, répondit Gédéon Spilett, on peut prévoir que ces cent mille ouvriers seront bientôt deux cent mille et que l’extraction sera doublée ?

— Sans doute ; mais, après les gisements d’Europe, que de nouvelles machines permettront bientôt d’exploiter plus à fond, les houillères d’Amérique et d’Australie fourniront longtemps encore à la consommation de l’industrie.

— Combien de temps ? demanda le reporter.

— Au moins deux cent cinquante ou trois cents ans.

— C’est rassurant pour nous, répondit Pencroff, mais inquiétant pour nos arrière-petits-cousins !

— On trouvera autre chose, dit Harbert.

— Il faut l’espérer, répondit Gédéon Spilett, car enfin sans charbon, plus de machines, et sans machines, plus de chemins de fer, plus de bateaux à vapeur, plus d’usines, plus rien de ce qu’exige le progrès de la vie moderne !