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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/302

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l'île mystérieuse.

ni maître Jup, son aide, n’abandonneraient les travaux domestiques qui leur étaient dévolus.

Aussitôt les arbres choisis, on les abattit, on les débita, on les scia en planches, comme eussent pu faire des scieurs de long. Huit jours après, dans le renfoncement qui existait entre les Cheminées et la muraille, un chantier était préparé, et une quille, longue de trente-cinq pieds, munie d’un étambot à l’arrière et d’une étrave à l’avant, s’allongeait sur le sable.

Cyrus Smith n’avait point marché en aveugle dans cette nouvelle besogne. Il se connaissait en construction maritime comme en presque toutes choses, et c’était sur le papier qu’il avait d’abord cherché le gabarit de son embarcation. D’ailleurs, il était bien servi par Pencroff, qui, ayant travaillé quelques années dans un chantier de Brooklyn, connaissait la pratique du métier. Ce ne fut donc qu’après calculs sévères et mûres réflexions que les faux-couples furent emmanchés sur la quille.

Pencroff, on le croira volontiers, était tout feu pour mener à bien sa nouvelle entreprise, et il n’eût pas voulu l’abandonner un instant.

Une seule opération eut le privilège de l’arracher, mais pour un jour seulement, à son chantier de construction. Ce fut la deuxième récolte de blé, qui se fit le 15 avril. Elle avait réussi comme la première, et donna la proportion de grains annoncée d’avance.

« Cinq boisseaux ! monsieur Cyrus, dit Pencroff, après avoir scrupuleusement mesuré ses richesses.

— Cinq boisseaux, répondit l’ingénieur, et, à cent trente mille grains par boisseau, cela fait six cent cinquante mille grains.

— Eh bien ! nous sèmerons tout cette fois, dit le marin, moins une petite réserve cependant !

— Oui, Pencroff, et, si la prochaine récolte donne un rendement proportionnel, nous aurons quatre mille boisseaux.

— Et on mangera du pain ?

— On mangera du pain.

— Mais il faudra faire un moulin ?

— On fera un moulin. »

Le troisième champ de blé fut donc incomparablement plus étendu que les deux premiers, et la terre, préparée avec un soin extrême, reçut la précieuse semence. Cela fait, Pencroff revint à ses travaux.

Pendant ce temps, Gédéon Spilett et Harbert chassaient dans les environs, et ils s’aventurèrent assez profondément dans les parties encore inconnues du Far-