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Page:Jules Verne - L’Île mystérieuse.djvu/278

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l'île mystérieuse.

pèrent de rendre leur lourd chariot plus maniable et plus léger. Mais si le véhicule ne manquait pas, le moteur était encore à trouver ! N’existait-il donc pas dans l’île quelque ruminant d’espèce indigène qui pût remplacer cheval, âne, bœuf ou vache ? C’était la question.

« En vérité, disait Pencroff, une bête de trait nous serait fort utile, en attendant que M. Cyrus voulût bien construire un chariot à vapeur, ou même une locomotive, car certainement, un jour, nous aurons un chemin de fer de Granite-house au port Ballon, avec embranchement sur le mont Franklin ! »

Et l’honnête marin, en parlant ainsi, croyait ce qu’il disait ! Oh ! imagination, quand la foi s’en mêle !

Mais, pour ne rien exagérer, un simple quadrupède attelable eût bien fait l’affaire de Pencroff, et comme la providence avait un faible pour lui, elle ne le fit pas languir.

Un jour, le 23 décembre, on entendit à la fois Nab crier et Top aboyer à qui mieux mieux. Les colons, occupés aux Cheminées, accoururent aussitôt, craignant quelque fâcheux incident.

Que virent-ils ? Deux beaux animaux de grande taille, qui s’étaient imprudemment aventurés sur le plateau, dont les ponceaux n’avaient pas été fermés. On eût dit deux chevaux, ou tout au moins deux ânes, mâle et femelle, formes fines, pelage isabelle, jambes et queue blanches, zébrés de raies noires sur la tête, le cou et le tronc. Ils s’avançaient tranquillement, sans marquer aucune inquiétude, et ils regardaient d’un œil vif ces hommes, dans lesquels ils ne pouvaient encore reconnaître des maîtres.

« Ce sont des onaggas ! s’écria Harbert, des quadrupèdes qui tiennent le milieu entre le zèbre et le couagga !

— Pourquoi pas des ânes ? demanda Nab.

— Parce qu’ils n’ont point les oreilles longues et que leurs formes sont plus gracieuses !

— Ânes ou chevaux, riposta Pencroff, ce sont des « moteurs », comme dirait M. Smith, et, comme tels, bons à capturer ! »

Le marin, sans effrayer les deux animaux, se glissant entre les herbes jusqu’au ponceau du Creek-Glycérine, le fit basculer, et les onaggas furent prisonniers.

Maintenant, s’emparerait-on d’eux par la violence et les soumettrait-on à une domestication forcée ? Non. Il fut décidé que, pendant quelques jours, on les laisserait aller et venir librement sur le plateau, où l’herbe était abondante, et immédiatement l’ingénieur fit construire près de la basse-cour une écurie,